- 5.7.1: Plan Église
- 5.7.2: Plan Cimetière
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Par Olivier
J'ai construit et lu cette très libre adaptation de quelques vers de Victor HUGO. Les poèmes originaux sont disponibles plus bas sur cette page. Ils sont tous extraits du recueil "L'art d'être grand-père". J'ai mis en italique les passages adaptés.
Son âme est ainsi faite que jamais une idée,
ni un homme, quels qu'ils soient, ne l'ont intimidée.
Il est sans épouvante étant sans convoitise.
La peur ne l'éteint pas et l'honneur seul l'attise.
Solitude! silence! le désert le tente.
Son âme s'apaise là, sévèrement contente.
Là d'on ne sait quelle ombre il se sent l'éclaireur,
il va dans les forêts chercher la vague horreur.
La sauvage épaisseur des branches lui procure
une sorte de joie et d'épouvante obscure.
Il y trouve un oubli presque égal au tombeau.
Mais il ne s'éteint pas; on peut rester flambeau
dans l'ombre, et, sous le ciel, sous la crypte sacrée,
seul, frissonner au vent profond de la voie lactée.
Rien n'est diminué dans l'homme pour avoir
jeté la sonde au fond ténébreux du devoir.
Qui voit de haut, voit bien; qui voit de loin, voit juste.
La conscience sait qu'une croissance auguste
est possible pour elle, et va sur les hauts lieux
rayonner et grandir, loin du monde oublieux.
Donc il va au désert, mais sans quitter le monde.
Parce qu'un songeur vient, dans la forêt profonde
ou sur l'escarpement des falaises, s'asseoir
tranquille et méditant l'immensité du soir,
il ne s'isole point de la terre où nous sommes.
Ne sentez-vous pas qu'ayant vu beaucoup d'hommes
on a besoin de fuir sous les arbres épais,
et que toutes les soifs de vérité, de paix,
d'équité, de raison et de lumière, augmentent
au fond d'une âme, après tant de choses qui mentent ?
Sa femme, sa famille, ses amis, ont toujours tout son cœur.
Lointain mais présent, il regarde et juge le destin.
Il a vu de si près les foules misérables,
les cris, les chocs, l'affront aux têtes vénérables.
Il a tant vu ce qui mord, ce qui fuit, ce qui ploie
que, fatigué et vaincu, il a désormais pour joie
de rêver immobile en quelque sombre lieu.
Lui que ses petit enfant rendait parfois stupide
en a cinq. Et il les prenait tous pour guide.
Leurs dialogues obscurs lui ouvrait des horizons.
Ils s'entendent entr'eux, se donnent leurs raisons.
Jugez comme cela disperse nos pensées.
En nous, désirs, projets, les choses insensées,
les choses sages, tout, à leur tendre lueur,
tombe, et lui n’est plus qu'un bonhomme rêveur.
Les enfants chancelants sont nos meilleurs appuis.
Et les petits enfants sont là. Le noir ciel orageux
devient rose, et répand l'aurore sur leurs jeux.
Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s'empresse.
Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse.
Les poèmes originaux de victor HUGO
Grand âge et bas âge mêlés
Mon âme est faite ainsi que jamais ni l'idée,
Ni l'homme, quels qu'ils soient, ne l'ont intimidée;
Toujours mon coeur, qui n'a ni bible ni koran,
Dédaigna le sophiste et brava le tyran;
Je suis sans épouvante étant sans convoitise;
La peur ne m'éteint pas et l'honneur seul m'attise;
J'ai l'ankylose altière et lourde du rocher;
Il est fort malaisé de me faire marcher
Par désir en avant ou par crainte en arrière;
Je résiste à la force et cède à la prière,
Mais les biens d'ici-bas font sur moi peu d'effet;
Et je déclare, amis, que je suis satisfait,
Que mon ambition suprême est assouvie,
Que je me reconnais payé dans cette vie,
Et que les dieux cléments ont comblé tous mes veux.
Tant que sur cette terre, où vraiment je ne veux
Ni socle olympien, ni colonne trajane,
On ne m'ôtera pas le sourire de Jeanne.
L'exilé satisfait
Solitude! silence! oh! le désert me tente.
L'âme s'apaise là, sévèrement contente;
Là d'on ne sait quelle ombre on se sent l'éclaireur.
Je vais dans les forêts chercher la vague horreur;
La sauvage épaisseur des branches me procure
Une sorte de joie et d'épouvante obscure;
Et j'y trouve un oubli presque égal au tombeau.
Mais je ne m'éteins pas; on peut rester flambeau
Dans l'ombre, et, sous le ciel, sous la crypte sacrée,
Seul, frissonner au vent profond de l'empyrée.
Rien n'est diminué dans l'homme pour avoir
Jeté la sonde au fond ténébreux du devoir.
Qui voit de haut, voit bien; qui voit de loin, voit juste.
La conscience sait qu'une croissance auguste
Est possible pour elle, et va sur les hauts lieux
Rayonner et grandir, loin du monde oublieux.
Donc je vais au désert, mais sans quitter le monde.
Parce qu'un songeur vient, dans la forêt profonde
Ou sur l'escarpement des falaises, s'asseoir
Tranquille et méditant l'immensité du soir,
Il ne s'isole point de la terre où nous sommes.
Ne sentez-vous donc pas qu'ayant vu beaucoup d'hommes
On a besoin de fuir sous les arbres épais,
Et que toutes les soifs de vérité, de paix,
D'équité, de raison et de lumière, augmentent
Au fond d'une âme, après tant de choses qui mentent ?
Mes frères ont toujours tout mon coeur, et, lointain
Mais présent, je regarde et juge le destin;
Je tiens, pour compléter l'âme humaine ébauchée,
L'urne de la pitié sur les peuples penchée,
Je la vide sans cesse et je l'emplis toujours.
Mais je prends pour abri l'ombre des grands bois sourds.
Oh! j'ai vu de si près les foules misérables,
Les cris, les chocs, l'affront aux têtes vénérables,
Tant de lâches grandis par les troubles civils,
Des juges qu'on eût dû juger, des prêtres vils
Servant et souillant Dieu, prêchant pour, prouvant contre,
J'ai tant vu la laideur que notre beauté montre,
Dans notre bien le mal, dans notre vrai le faux,
Et le néant passant sous nos arcs triomphaux,
J'ai tant vu ce qui mord, ce qui fuit, ce qui ploie
Que, vieux, faible et vaincu, j'ai désormais pour joie
De rêver immobile en quelque sombre lieu;
Là, saignant, je médite; et, lors même qu'un dieu
M'offrirait pour rentrer dans les villes la gloire,
La jeunesse, l'amour, la force, la victoire,
Je trouve bon d'avoir un trou dans les forêts,
Car je ne sais pas trop si je consentirais.
Georges et Jeanne
Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide,
J'en ai deux; George et Jeanne; et je prends l'un pour guide
Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix,
Vu que George a deux ans et que Jeanne a dix mois.
Leurs essais d'exister sont divinement gauches;
On croit, dans leur parole où tremblent des ébauches,
Voir un reste de ciel qui se dissipe et fuit;
Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit,
Moi dont le destin pâle et froid se décolore,
J'ai l'attendrissement de dire: Ils sont l'aurore.
Leur dialogue obscur m'ouvre des horizons;
Ils s'entendent entr'eux, se donnent leurs raisons.
Jugez comme cela disperse mes pensées.
En moi, désirs, projets, les choses insensées,
Les choses sages, tout, à leur tendre lueur,
Tombe, et je ne suis plus qu'un bonhomme rêveur.
Je ne sens plus la trouble et secrète secousse
Du mal qui nous attire et du sort qui nous pousse.
Les enfants chancelants sont nos meilleurs appuis.
Je les regarde, et puis je les écoute, et puis
Je suis bon, et mon coeur s'apaise en leur présence;
J'accepte les conseils sacrés de l'innocence,
Je fus toute ma vie ainsi; je n'ai jamais
Rien connu, dans les deuils comme sur les sommets,
De plus doux que l'oubli qui nous envahit l'âme
Devant les êtres purs d'où monte une humble flamme;
Je contemple, en nos temps souvent noirs et ternis,
Ce point du jour qui sort des berceaux et des nids.
Le soir je vais les voir dormir. Sur leurs fronts calmes.
Je distingue ébloui l'ombre que font les palmes
Et comme une clarté d'étoile à son lever,
Et je me dis: À quoi peuvent-ils donc rêver ?
Georges songe aux gâteaux, aux beaux jouets étranges,
Au chien, au coq, au chat; et Jeanne pense aux anges.
Puis, au réveil, leurs yeux s'ouvrent, pleins de rayons.
Ils arrivent, hélas! à l'heure où nous fuyons.
Ils jasent. Parlent-ils ? Oui, comme la fleur parle
A la source des bois; comme leur père Charle,
Enfant, parlait jadis à leur tante Dédé;
Comme je vous parlais, de soleil inondé,
Ô mes frères, au temps où mon père, jeune homme,
Nous regardait jouer dans la caserne, à Rome,
A cheval sur sa grande épée, et tout petits.
Jeanne qui dans les yeux a le myosotis,
Et qui, pour saisir l'ombre entr'ouvrant ses doigts frêles,
N'a presque pas de bras ayant encor des ailes,
Jeanne harangue, avec des chants où flotte un mot,
Georges beau comme un dieu qui serait un marmot.
Ce n'est pas la parole, ô ciel bleu, c'est le verbe;
C'est la langue infinie, innocente et superbe
Que soupirent les vents, les forêts et les flots;
Les pilotes Jason, Palinure et Typhlos
Entendaient la sirène avec cette voix douce
Murmurer l'hymne obscur que l'eau profonde émousse;
C'est la musique éparse au fond du mois de mai
Qui fait que l'un dit: J'aime, et l'autre, hélas: J'aimai;
C'est le langage vague et lumineux des êtres
Nouveau-nés, que la vie attire à ses fenêtres,
Et qui, devant avril, éperdus, hésitants,
Bourdonnent à la vitre immense du printemps.
Ces mots mystérieux que Jeanne dit à George,
C'est l'idylle du cygne avec le rouge-gorge,
Ce sont les questions que les abeilles font,
Et que le lys naïf pose au moineau profond;
C'est ce dessous divin de la vaste harmonie,
Le chuchotement, l'ombre ineffable et bénie
Jasant, balbutiant des bruits de vision,
Et peut-être donnant une explication;
Car les petits enfants étaient hier encore
Dans le ciel, et savaient ce que la terre ignore.
Ô Jeanne! Georges! voix dont j'ai le coeur saisi !
Si les astres chantaient, ils bégaieraient ainsi.
Leur front tourné vers nous nous éclaire et nous dore.
Oh ! d'où venez-vous donc, inconnus qu'on adore ?
Jeanne a l'air étonné; Georges a les yeux hardis.
Ils trébuchent, encore ivres du paradis.
Dans le jardin
Jeanne et Georges sont là. Le noir ciel orageuxDevient rose, et répand l'aurore sur leurs jeux;
Ô beaux jours! Le printemps auprès de moi s'empresse;
Tout verdit; la forêt est une enchanteresse;
L'horizon change, ainsi qu'un décor d'opéra;
Appelez ce doux mois du nom qu'il vous plaira,
C'est mai, c'est floréal; c'est l'hyménée auguste
De la chose tremblante et de la chose juste,
Du nid et de l'azur, du brin d'herbe et du ciel;
C'est l'heure où tout se sent vaguement éternel;
C'est l'éblouissement, c'est l'espoir, c'est l'ivresse;
La plante est une femme, et mon vers la caresse;
C'est, grâce aux frais glaïeuls, grâce aux purs liserons,
La vengeance que nous poètes nous tirons
De cet affreux janvier, si laid; c'est la revanche
Qu'avril contre l'hiver prend avec la pervenche;
Courage, avril! Courage, ô mois de mai! Ciel bleu,
Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu !
Ah! jamais la saison ne nous fait banqueroute.
L'aube passe en semant des roses sur sa route.
Flamme! ombre! tout est plein de ténèbres et d'yeux;
Tout est mystérieux et tout est radieux;
Qu'est-ce que l'alcyon cherche dans les tempêtes ?
L'amour; l'antre et le nid ayant les mêmes fêtes,
Je ne vois pas pourquoi l'homme serait honteux
De ce que les lions pensifs ont devant eux,
De l'amour, de l'hymen sacré, de toi, nature!
Tout cachot aboutit à la même ouverture,
La vie; et toute chaîne, à travers nos douleurs,
Commence par l'airain et finit par les fleurs.
C'est pourquoi nous avons d'abord la haine infâme,
La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme,
La nuit n'ayant pour but que d'amener le jour.
Dieu n'a fait l'univers que pour faire l'amour.
Toujours, comme un poète aime, comme les sages
N'ont pas deux vérités et n'ont pas deux visages,
J'ai laissé la beauté, fier et suprême attrait,
Vaincre, et faire de moi tout ce qu'elle voudrait;
Je n'ai pas plus caché devant la femme nue
Mes transports, que devant l'étoile sous la nue
Et devant la blancheur du cygne sur les eaux.
Car dans l'azur sans fond les plus profonds oiseaux
Chantent le même chant, et ce chant, c'est la vie.
Sois puissant, je te plains; sois aimé, je t'envie.
